Turquie: 20 mois après le drame, la petite syrienne paralysée fait ses premiers pas

Reyyan qui s’est très tôt retrouvée face au visage brutal de la guerre, a perdu un bras, subi une large blessure au niveau de son crâne et a perdu partiellement l’usage de ses jambes

Turquie: 20 mois après le drame, la petite syrienne paralysée fait ses premiers pas

Paralysée des jambes et amputée de son bras gauche à la suite d’une explosion survenue près de chez eux, Reyyan, une petite syrienne de huit ans, a fait ses premiers pas en Turquie, 20 mois après le drame. 

La petite fille de la famille Kasim, dont la vie a été bouleversée suite à une explosion survenue dans leur jardin, le 25 novembre 2016, tente malgré les douleurs de s’accrocher à la vie. 

Reyyan qui s’est très tôt retrouvée face au visage brutal de la guerre, a perdu un bras, subi une large blessure au niveau de son crâne et a perdu partiellement l’usage de ses jambes. 

Aujourd’hui, la petite vit la joie de pouvoir refaire des pas et d’avoir été équipée d’une prothèse de bras. 

Faisant part à un correspondant de l’Agence Anadolu (AA) de leurs jours difficiles, le père de la petite, Shahar Kasim, a confié qu’il subvenait aux besoins de sa famille grâce à son salaire de chauffeur de taxi. 

Père de quatre filles et de trois garçons, Kasim a expliqué que le drame, qui a complètement fait basculer leur vie, est survenu il y a deux ans dans la province de Alep, dans le Nord-ouest de la Syrie. 

«Pendant l’explosion ma famille se trouvait près de la maison, a-t-il raconté, le visage assombri par le douloureux souvenir. Quant à moi, je prenais mes ablutions pour la prière du vendredi. Mes enfants jouaient juste devant la maison. Soudain nous avons entendu le son d’un avion de chasse. Une bombe est tombée sur notre maison.»

Indiquant être immédiatement sorti devant chez lui, Kasim a expliqué qu’environ seize blessés gisaient à même le sol et que lui tentait désespérément de retrouver ses enfants à travers le nuage de fumée et de poussière. 

«L’une de mes filles, Nour, âgée de quatre, a été grièvement blessée et est tombée en martyr sur les lieux de l’explosion, a-t-il précisé. L’un de mes fils a aussi été blessé lors de l'incident. La sœur de ma femme ainsi que ses enfants, qui étaient nos invités ce jour-là, ont aussi perdu la vie.»

«J'ai transporté mes deux filles et mon fils jusqu’à la voiture et j’ai pris la fuite, a poursuivi le père Kasim. Alors que nous nous éloignions, l'avion a de nouveau bombardé la zone. Nous sommes finalement arrivés à l’hôpital où mon fils et ma fille, Reyyan, ont dû être opérés.»

Indiquant être entré en contact avec l’organisation de Santé «Human Appeal» (Appel Humain), Kasim a fait savoir qu’ils sont arrivés en Turquie après que l’organisation aient réalisé les démarches nécessaires auprès des autorités. 

Depuis, Reyyan est arrivée en Turquie et a été prise en charge par l’hôpital privé Guven, situé dans la capitale turque, Ankara. 

Partageant qu'ils se sentent en sécurité en Turquie, le père Kasim a remercié la Turquie, les médecins turcs et les administrateurs de l’hôpital qui prennent en charge le traitement de la petite Reyyan, ainsi que la Human Appeal. 

Kasim a expliqué que son épouse ainsi que ses trois fils attendent impatiemment leur retour à Alep. 

Le père a souligné le bonheur de sa fille qui a été équipée d’une prothèse de bras et qui sera de nouveau capable de marcher. 

«Nous sommes contre la guerre, qu’il s’agisse de la Syrie ou de n’importe quel endroit dans le monde», a martelé le père indiquant que seuls ceux qui vivent la guerre peuvent réellement témoigner de son atrocité. 

«Nous ne sommes pas en sécurité en Syrie, nous pouvons mourrir sous les bombes à tout moment, a-t-il ajouté. Quel crime a commis mon enfant pour avoir à porter à jamais les traces de la guerre sur son corps? Son bras gauche était paralysé à cause de l'impact sur son cerveau. Maintenant, elle devra vivre avec une prothèse. Elle a une fracture du crâne et a dû subir une opération du cerveau. Elle restera dans cet état pour le restant de sa vie. Sa jambe droite est paralysée.»

Reyyan, qui porte les traces de la guerre sur son petit corps, souhaite, quant à elle, que ses soins se terminent pour retrouver, au plus vite, sa mère et ses frères. 

«Je vais beaucoup enlacer ma mère, mes frères et mes amies», a confié la petite avant d’ajouter que le pays lui manque malgré le fait qu’elle aime la Turquie. 

Reyyan a raconté qu’ils étaient sortis jouer avec ses frères et sœurs après s’être lavés et vêtus de vêtements propres. 

«Ma soeur, Nour, qui est décédée lors de l’explosion, voulait sortir dehors, a-t-elle déclaré. Au départ, ma mère a refusé puis elle m’a demandé de sortir avec elle. Alors que nous étions en train de jouer, nous avons entendu un bruit. Des avions de chasse ont commencé à défiler et un garçon nous a dit 'Couchez-vous, pour ne pas être touchées'. Mais nous ne l’avons pas fait parce que nous ne voulions pas salir nos vêtements propres. Puis les bombes ont été larguées.»

Partageant la tristesse d’avoir perdu un bras et d’être paralysée des jambes, Reyyan a ajouté qu’elle est plus heureuse depuis qu’elle a été équipée d’une prothèse de bras. 

«Les médecins m’ont accordé beaucoup d’attention, a-t-elle affirmé. Maintenant je suis capable de faire quelques pas. Je remercie tous les médecins et la Turquie.»

La petite Reyyan qui pleure chaque fois qu’on lui ôte sa prothèse, lors des contrôles, passe la majorité de son temps à caresser cette dernière et à s’entraîner à marcher de nouveau. 

Le professeur et docteur Gul Baltaci, présidente du département de physiothérapie de l’hôpital, a expliqué que la petite Reyyan a dans un premier temps été accueillie dans un hôpital à Mersin (Sud) avant d’être transférée dans leur établissement, le 18 juin 2018.

«Reyyan avait un plâtre important, au niveau des membres inférieurs du côté droit, a-t-elle indiqué. Celui-ci a été enlevé lors d’une opération chirurgicale. L'autre côté est paralysé à cause de lésions cérébrales traumatiques. Lorsqu’elle est arrivée elle avait le bras gauche déjà en partie amputé au niveau du coude. Elle ne pouvait alors rester qu’en position assise et ne pouvait faire aucune autre activité.»

La présidente a confié que Reyyan a effectué des progrès en très peu de temps grâce à sa détermination et à la rééducation intensive d’environ cinq à six heures par jour. 

«Il y a peu de temps, une prothèse a été utilisée pour lui permettre de faire des activités avec son bras et d’assurer son équilibre ainsi que la coordination de ses mouvements», a ajouté le professeur.

Indiquant que Reyyan a été capable d’utiliser efficacement sa jambe saine, Baltaci a expliqué que cela lui a redonné confiance et lui a permis de retrouver son équilibre. 

«Afin de lui apprendre à se tenir debout, elle a réalisé des exercices de rééducation quotidiennement, a ajouté Baltaci. En peu de temps, elle est arrivée à un stade où elle peut faire quelques pas.»

Soulignant qu’il faudra du temps pour que la petite soit en mesure de marcher seule, Baltaci a précisé que Reyyan devra se rendre en Turquie tous les six mois, jusqu’à ses 15 ans, afin que sa prothèse soit régulièrement ajustée à sa taille.

 

AA



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