Le périple du président Recep Tayyip Erdogan en Afrique de l'ouest

Une étude du Dr. Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk.

Le périple du président Recep Tayyip Erdogan en Afrique de l'ouest

Le président de la République, Recep Tayyip Erdogan, a réalisé une tournée en Afrique de l’ouest dans le cadre de l’ouverture africaine de la Turquie. Nous allons analyser cette semaine la tournée du président en Afrique de l’ouest et son impact sur la politique étrangère turque.

        Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, s’est rendu en Algérie, première destination de sa tournée en Afrique de l’ouest. Il a poursuivi sa tournée avec une visite en Mauritanie, au Sénégal et, en dernier lieu, au Mali. M. Erdogan a ainsi visité 32 pays d’Afrique depuis 2005. Le nombre d’ambassades turques en Afrique est passé de 12 à 41 et le volume des échanges commerciaux qui se chiffrait à des centaines de millions a atteint des centaines de milliards de dollars suite à ces visites.

        Des entretiens productifs se sont déroulés lors de cette tournée. Des échanges de vue sur les questions globales ont été procédés entre les dirigeants. Une identité de vue a été réitérée sur plusieurs dossiers, notamment la lutte internationale contre le terrorisme et l’affaire de Jérusalem. Des mesures ont été prises concernant le commerce et les moyens d’investissement. Un autre article important de ces entretiens, était la lutte contre FETO. Le président Erdogan a mis en exergue l’importance de la forte coopération des leaders africains concernant la lutte contre FETO.

        Des liens amicaux et fraternels ancrés lient la Turquie et l’Algérie, découlant de leur passé commun. Ces relations se sont davantage développées au lendemain de sa visite historique tenue en Algérie en 2006. Les visites de haut niveau ont réciproquement augmenté. Des rebondissements importants se sont produits dans les relations économiques et commerciales. « Le traité d’amitié et de coopération » signé lors de cette visite a été un tournant dans les relations. Une augmentation est observée dans le nombre de visites et de prises de contact de haut niveau entre la Turquie et l’Algérie.

        Les relations politiques de la Turquie avec la Mauritanie, qui ont des liens religieux et historiques, se développent en se basant sur l’amitié et la coopération. Il n’y a aucun problème politique entre les deux pays. Néanmoins, il n’y a pas eu de développement significatif dans les relations bilatérales jusqu’en 2008. Les prises de contact de haut niveau dans les plateformes bilatérales et multilatérales ont augmenté entre la Turquie et la Mauritanie avec la politique d’ouverture africaine de la Turquie. Le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, a réalisé une visite en Turquie en 2010. Par la suite, les deux pays ont ouvert réciproquement une ambassade donnant de l’élan aux relations bilatérales, aux visites réciproques et prises de contact. Des consultations politiques ont régulièrement lieu entre les deux pays depuis 2013.

        Suite à l’ouverture d’une ambassade turque à Dakar après l’indépendance du Sénégal en 1960, le Sénégal a, à son tour, ouvert une représentation diplomatique à Ankara en août 2006 malgré ses moyens financiers restreints. Une réanimation est observée dans les relations turco-sénégalaises depuis quelques années. Le Sénégal considère la Turquie comme un pays émergeant sur le plan économique et influant dans sa région et au sein de l’Organisation de la coopération islamique ; et souhaite développer ses relations avec Ankara.

        Les relations entre la Turquie et le Mali sont avancées et se sont consolidées avec les visites réalisées par le président malien, le président de l’Assemblée malienne et le Premier ministre en Turquie. L’ambassade turque à Bamako a été mise en service le 1er février 2010. Le conseiller politique à la présidence malienne, l’ambassadeur Brahim Soumare, a été nommé ambassadeur du Mali à Ankara suite à une décision du Conseil des ministres malien datant du 6 mai 2014. Plusieurs pactes ont été signés entre les deux pays et de nouveaux accords devraient bientôt s’ajouter à la liste.

        Erdogan et les hôtes turcs sont chaleureusement accueillis dans les pays africains, notamment parce que la Turquie est différente des autres grands acteurs présents dans la région. La TIKA œuvre pour résoudre les problèmes de santé et en eau rencontrés en Afrique. Le Croissant-Rouge turc achemine des biens alimentaires et des tentes aux personnes dans le besoin. Les hommes d’affaires turcs y réalisent des investissements et emploient les locaux. Tous ces éléments conviennent à l’idée principale de la stratégie de la Turquie concernant l’Afrique : « Si l’Afrique gagne, la Turquie sera également gagnante ».

        La création d’une zone d’influence dans une région comme l’Afrique est une affaire qui doit être considérée à long terme. La Turquie obtiendra probablement les résultats concrets des initiatives prises aujourd’hui, dans quelques dizaines d’années. Par conséquent, les prises de contact doivent être menées avec patience, persévérance et compétence. En effet, la Turquie n’a pas le luxe de négliger l’Afrique (où tous les acteurs importants sont présents).

        Le président turc a visité quatre pays musulmans d’Afrique de l’ouest lors de cette tournée. Il semble être déterminé à visiter tous les pays d’Afrique dans l’objectif de renforcer les relations bilatérales. Il me semble que la prochaine étape sera le sud du continent africain.

        Avec « l’ouverture africaine », Erdogan vise à ce que la Turquie joue un rôle dans la création d’un ordre juste dans la région. Il mène des initiatives à long terme car il croit au réveil de l’Afrique. Cet objectif concerne aussi un peu les obligations stratégiques de la Turquie.

        Un événement qui s’est produit durant cette tournée résume, au fond, la différence des Turcs en Afrique. Un journaliste algérien a demandé en français à Erdogan si « les Turcs considèrent l’Algérie comme une colonie ». Le président turc a répondu « si les Turcs étaient des colonisateurs, ce n’est pas en français mais en turc que vous m’auriez posé cette question ». Il a ainsi démontré une preuve frappante de la différence de la Turquie en Afrique.



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