Les relations entre la Turquie et la Géorgie, un pays stratégique du Caucase du sud

Une étude de Cemil Dogac Ipek, docteur en Relations internationales à l’université Ataturk

Les relations entre la Turquie et la Géorgie, un pays stratégique du Caucase du sud

La Géorgie est l’un des pays du Caucase du Sud qui a une importance stratégique. Nous allons analyser dans notre programme de cette semaine les relations turco-géorgiennes.

Parmi les pays du Caucase du Sud, la Géorgie est celui qui a le plus développé ses relations avec l’occident, notamment l’OTAN et l’UE. La Géorgie se trouve au sein du Partenariat oriental développé par l’UE pour les trois pays de l’Europe de l’Est (Ukraine, Moldavie, Biélorussie) et trois pays du Caucase du Sud (Géorgie, Azerbaïdjan, Arménie). Le Partenariat oriental prévoit la signature d’accords de partenariat, de libre-échange et d’exemption de visas entre l’UE et ces pays. L’accord pour le Partenariat oriental a été signé en 2014 à Bruxelles et est entré en vigueur en juillet 2016. L’exemption de visas entre la Géorgie et l’UE devrait être bientôt mise en vigueur.

Les relations turco-géorgiennes se sont développées depuis l’indépendance de la Géorgie et de nombreux accords sur divers domaines ont été signés entre les deux pays. La Turquie a reconnu l’indépendance de la Géorgie le 16 décembre 1991. Le Protocole pour l’instauration des relations diplomatiques a été ratifié le 21 mai 1992, permettant l’ouverture d’ambassades dans les deux pays. Par ailleurs, la Turquie a également un consulat général à Batoum et la Géorgie à Istanbul et Trabzon.

Les relations entre les deux pays sont à un niveau stratégique. La Turquie est le plus grand partenaire économique de la Géorgie depuis 2007. Elle fait partie des pays en tête de la liste des investisseurs étrangers directs en Géorgie. Conformément au protocole entré en vigueur en 2011, les citoyens des deux pays peuvent voyager librement dans les deux pays avec uniquement leur pièce d’identité. Des visites de haut niveau sont réalisées entre les deux pays. Par ailleurs, en vue de développer les relations bilatérales, le Conseil de coopération stratégique de haut niveau a été fondé. La première réunion de ce conseil a été réalisée le 19 juillet 2016 à Ankara et la seconde le 23 mai 2017 à Tbilissi.

En outre, les réunions tripartites des ministres des Affaires étrangères de la Turquie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie constituent une structure importante contribuant à la paix, la stabilité et la prospérité régionales. Des réunions tripartites sont également organisées au sein des ministères de la Défense, de l’Economie et des Transports, des Forces armées turques, de la Commission parlementaire des Affaires étrangères et des Forums de travail.  

Pour la Turquie et la Géorgie, les relations entre les deux pays portent une importance stratégique aussi bien au niveau bilatéral que régional. La Géorgie est actuellement un pays-clef du point de vue de l’acheminement des ressources énergétiques de la région caspienne vers la Turquie et vers les marchés occidentaux et du point de vue des voies de transports entre la Turquie et l’Azerbaïdjan, la Russie et les pays  d’Asie centrale. En contrepartie, la Turquie est le plus grand partenaire commercial de la Géorgie. Dans ce cadre, des coopérations tripartites ont été formées dans les domaines de l’énergie et des transports entre la Turquie, la Géorgie et l’Azerbaïdjan. L’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, le gazoduc Bakou-Tbilissi-Erzurum ainsi que le projet de voie ferroviaire Bakou-Tbilissi-Kars en sont les exemples les plus concrets.

La Turquie soutient l’intégrité territoriale de la Géorgie. Elle essaie de lui venir également en aide dans la résolution des questions internes. Pour le peuple géorgien, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud sont deux régions importantes. Toutefois, la Russie a remporté la guerre russo-géorgienne qui a éclaté en 2008. L’indépendance de ces régions a été reconnue par la Russie par la suite et a été garantie par le biais d’accords militaires. Les bases fondées par la Russie via des accords bilatéraux ont légitimé les régimes sécessionnistes au niveau régional.  La Géorgie sait qu’elle n’a pas la force de changer dans un proche avenir le statut de l’Abkhazie indépendante, cependant elle essaie de porter la question sur l’actualité internationale et de protéger ses droits. Son approche concernant la question de l’Ossétie du sud est la même. Toutefois la déclaration de la Russie en décembre 2016 selon laquelle elle « soutiendra le développement de l’Abkhazie et de l’Ossétie en tant qu’Etats démocratiques », montre que cela ne sera pas si simple. Le gouvernement actuel de la Géorgie a adopté une approche plus douce à la question de l’Abkhazie, de l’Ossétie du Sud et des relations avec la Russie, entreprenant notamment des démarches pour la normalisation des relations avec cette dernière. Cependant l’annexion de la Crimée par la Russie, les développements en Ukraine ainsi que l’accord de partenariat signé entre la Russie et l’Abkhazie ont accru les préoccupations de la Géorgie concernant l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud.

La Turquie soutient fortement l’intégrité territoriale de la Géorgie. Elle ne reconnait pas les soi-disant indépendances de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, et souhaitent que ces questions soient résolues en tenant compte de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la Géorgie. La Turquie soutient également les efforts de la Géorgie en vue de s’harmoniser avec les établissements européens et de l’OTAN.

Un des principaux sujets des relations turco-géorgiennes est le retour des Turcs meskhètes à leur mère-patrie. La Turquie suit de près ce sujet et demande que tous les obstacles devant le retour des Turcs meskhètes soient levés dans le cadre des engagements de la Géorgie pris en 1999 lors de son adhésion au Conseil européen. Les démarches qui seront entreprises à ce sujet par la Géorgie développeront encore plus les relations bilatérales.


Mots-clés: relations , géorgie , turquie

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